cas d usage 10 minutes de lecture
Feu de cheminée chez un client: reconstituer le dossier du conduit pour l’expert
Un client appelle le soir même: les pompiers sont passés, la souche a fumé, le séjour est noirci. Dans les jours qui suivent, son assureur va demander le certificat du dernier ramonage, et l’expert va vouloir l’historique du conduit. Voici le déroulé complet, de l’appel au rapport, du côté de l’entreprise.
Écrit par Jimenez Julien, éditeur de Fumisto. Publié le , mis à jour le .
Un feu de cheminée déclenche toujours la même séquence: appel affolé, demande de certificat de ramonage, convocation d’expertise, puis tri des papiers. L’assureur du client vise une seule chose, savoir ce qui a été fait, quand, sur quel conduit, et avec quelles réserves écrites. L’expert, lui, remonte l’historique du conduit et confronte vos documents à l’état réel de la souche et de l’appareil.
Voici, pas à pas, le déroulé côté entreprise. L’objectif est simple: fournir des pièces opposables, datées, lisibles, cohérentes avec le règlement sanitaire départemental applicable au conduit et avec les règles de l’art du NF DTU 24.1, sans immobiliser l’atelier pendant trois jours.
Le soir du sinistre: l’appel du client
Ce qu’il faut noter tout de suite
Dans les premières minutes, vous devez cadrer les faits et figer les éléments utiles. Notez l’adresse exacte, l’appartement ou le lot si copropriété, et l’appareil réellement utilisé au moment du sinistre, poêle, insert, chaudière, cuisinière. Relevez le combustible déclaré, bûches, granulés, fioul, gaz, et le conduit concerné s’il en existe plusieurs.
- Présence et heure d’intervention des pompiers, avec numéro d’intervention si communiqué.
- Dégâts visibles: suies, traces de surchauffe, noircissement, fissures, odeurs, infiltration sous-solin.
- Mesures conservatoires demandées: arrêt de l’appareil, condamnation du conduit, aération.
- Coordonnées complètes de l’assureur du client et numéro de contrat s’il l’a sous la main.
- Si bail: coordonnées du bailleur et du locataire, car l’information est due aux deux.
Rappelez au client que, selon l’article L. 113-2 du code des assurances, il doit déclarer le sinistre à son assureur dans les délais contractuels. Vous, de votre côté, informez votre propre assureur de responsabilité civile professionnelle qu’un sinistre vous concerne, sans préjuger de la cause ni de la responsabilité. Un simple courriel factuel suffit le soir même.
Ce qu’il ne faut surtout pas affirmer au téléphone
N’annoncez pas que « tout était conforme » ni que « le conduit était bon », sans dossier sous les yeux. Ne reconnaissez jamais une faute ou un lien de causalité à chaud. Ne promettez pas un remboursement, n’écartez pas une restriction locale, par exemple une zone soumise à plan de protection de l’atmosphère, ni n’assurez que le dernier passage était dans la fenêtre réglementaire avant d’avoir contrôlé date, département et combustible. Évitez aussi de qualifier le sinistre, feu de cheminée ou feu de conduit, c’est le rôle de l’expert.
Ce que l’assureur du client demande dans les jours qui suivent
Le dernier certificat de ramonage
La première pièce réclamée est presque toujours le certificat de ramonage le plus récent, daté, avec l’adresse, l’identification du conduit, l’appareil desservi, le combustible, l’identité de l’entreprise, et votre signature. Si l’appareil est une chaudière de 4 à 400 kW, l’assureur demandera aussi, selon les cas, l’attestation d’entretien annuelle remise dans les quinze jours, conformément à l’arrêté du 15 septembre 2009 modifié.
La preuve que l’opération a bien été mécanique
Dans la plupart des départements, le règlement sanitaire impose un ramonage mécanique. L’assureur vérifie que le certificat mentionne un passage au hérisson, tringlerie, brosses adaptées, accès par le bas ou par le haut. Un libellé ambigu ou chimique seul crée un doute. La référence au NF DTU 24.1, travaux de fumisterie, n’est pas obligatoire sur le document, mais elle crédibilise vos méthodes et votre choix d’outils adaptés au conduit, matériaux, section, dévoiements.
Les éventuelles réserves signalées
L’assureur et l’expert demandent les observations écrites: réserves sur un tubage déplacé, un dévoiement excessif, une trappe d’accès absente, un chapeau inadapté, une section incompatible avec l’appareil, un conduit jamais ramoné depuis plus d’un an, et la recommandation jointe, mise en sécurité, interdiction d’usage, travaux à prévoir. Il s’agit de prouver que vous avez signalé, quand, et au bon destinataire.
| Pièce demandée | Contenu vérifié | Où la trouver |
|---|---|---|
| Certificat de ramonage | Date, adresse, conduit, appareil, combustible, signature | Dossier du conduit ou archive de la tournée |
| Preuve du ramonage mécanique | Mention hérisson, brosses, accès, conformité au DTU 24.1 | Certificat, fiche d’intervention, photos éventuelles |
| Réserves et anomalies | Libellé, date, destinataire, recommandation | Historique du conduit, envoi horodaté |
| Attestation d’entretien | Chaudière 4 à 400 kW, contrôle combustion, 15 jours | Dossier appareil, registre des interventions |
La question n’est jamais « avez-vous ramoné », mais « pouvez-vous prouver quand, sur quel conduit, comment, et avec quelles observations transmises ».
Reconstituer l’historique du conduit
Les passages successifs et leurs certificats
Avec un classement par client et par année, la reconstitution prend des heures: chemises mélangées, doubles carbone illisibles, feuilles de route sans adresse complète, photos sur un téléphone parti avec un technicien. Vous devez retrouver chaque passage et son certificat, vérifier la fenêtre réglementaire en fonction du département et du combustible, identifier l’appareil raccordé au jour J, et caler les dates exactes.
Les réserves ouvertes et jamais levées
La difficulté suivante, ce sont les réserves: un dévoiement inaccessible noté en 2022, une souche fissurée signalée, une trappe absente chez un bailleur. L’expert cherche si ces réserves ont été rappelées, si une mise en sécurité a été prescrite, et si vous avez une preuve d’envoi, courrier ou courriel, au propriétaire et au locataire quand il y en a un. Sans traçabilité fine par conduit, la chaîne est incomplète.
Les photos datées de la souche et du raccordement
Une photo datée de la souche, du chapeau, du solin, du raccordement à l’appareil, au dernier passage, pèse lourd. Elle documente l’état réel avant sinistre, l’encrassement visible, l’absence de clapet, une grille obstruée, un chapeau aspirateur contestable. Intégrez ces photos au même dossier que les certificats et les réserves, avec leur date d’acquisition.
Dans une gestion par registre de conduits, l’historique sort en une manipulation à la date du sinistre: certificats, photos, réserves, et, si besoin, l’attestation d’entretien. C’est ce dossier consolidé que vous envoyez à l’assureur et apportez à l’expertise.
Le rendez vous d’expertise sur place
Ce que l’expert regarde en premier
Sur site, l’expert commence par la souche: état du chapeau, scellement, solin, fissures, traces de surchauffe, dépôts sous chapeau. Il qualifie la nature des dépôts, suies sèches, bistre, goudrons, et leur épaisseur estimée. Il descend ensuite sur le raccordement, la plaque de propreté, l’appareil, et confronte l’usage réel au combustible déclaré. Il recherche une non-conformité au NF DTU 24.1, section insuffisante, dévoiements excessifs, distance aux matériaux combustibles, ou un défaut d’amenée d’air.
Comment présenter les réserves antérieures
Présentez vos réserves dans l’ordre chronologique, datées, adressées, et rappelez la recommandation associée, mise en sécurité, interdiction d’usage, travaux notifiés. Une réserve écrite un an plus tôt sur un dévoiement inaccessible, jamais levée malgré relance, change la lecture du dossier. Elle atteste que vous avez informé le client et, le cas échéant, son bailleur. Montrez les envois, lettres ou courriels, et conservez la preuve de réception quand vous l’avez.
Le compte rendu écrit de votre côté
Rédigez un compte rendu factuel, non polémique. Indiquez la date, l’adresse, l’identification du conduit, l’appareil et le combustible constatés, les observations à la visite, et joignez des photos prises le jour de l’expertise, cadrage souche et raccordement. Citez, si utile, la règle applicable sans surjouer, par exemple le renvoi au NF DTU 24.1 pour la notion de distance de sécurité à l’ouvrage combustible. Pour le rappel des obligations générales de déclaration de sinistre, un renvoi informatif à Legifrance suffit.
Ce qui se joue vraiment pour l’entreprise
La réputation locale, sur un bourg
Dans une commune de 2 000 à 10 000 habitants, un dossier mal tenu se sait vite. Pompiers, assureurs, bailleurs, mairies, même filière artisanale, tout circule. Un certificat incomplet ou des réserves orales sans trace vous exposent à des remises en cause publiques lors d’un feu de cheminée. À l’inverse, un dossier clair, cohérent avec la fenêtre réglementaire du département, coupe court et montre un professionnel carré.
Le contrat du bailleur et le reste de son parc
Un bailleur qui gère vingt logements ne vous enlève pas un seul conduit, il retire tout son parc sous contrat. Ce sont des dizaines de passages par campagne d’automne, et donc du chiffre d’affaires récurrent qui s’en va. Mettez en regard le temps investi dans la traçabilité, quelques minutes par conduit, et l’enjeu: prouver vos passages, vos réserves, vos envois, et monter un dossier opposable en moins d’une heure quand un sinistre survient. Pour chiffrer l’impact d’un contrat non exécuté sur une saison, voir le coût réel d’un contrat de ramonage non exécuté.
Ce que ce dossier doit changer pour le reste du parc
La leçon opérationnelle est simple. D’abord, passer à un archivage par conduit, pas par client: adresse exacte, appareil raccordé, combustible, département, et donc fréquence imposée par le règlement sanitaire local. Ensuite, systématiser la photo datée de la souche et du raccordement à chaque passage, et écrire les réserves avec un libellé exploitable, une recommandation claire, et un envoi horodaté vers le propriétaire et, s’il y a lieu, le locataire. Suivre ces réserves jusqu’à levée, avec une trace du jour où la non-conformité est corrigée.
Alimentez un registre des conduits qui calcule pour vous la fréquence départementale et la fenêtre réglementaire, puis prépare la campagne d’automne par commune et par semaine. Cette organisation tire les contrats non exécutés vers le bas, et évite qu’un conduit sorte discrètement de la fenêtre. Pour la méthode, voir construire le registre des conduits de votre parc et la checklist de fin de passage sur un conduit.
En synthèse
Après un feu de cheminée, l’assureur et l’expert attendent un dossier du conduit, pas des promesses. Certificats lisibles, preuve du ramonage mécanique, réserves adressées, photos datées, et, quand c’est le cas, attestation d’entretien de chaudière: tout doit être prêt. Une traçabilité carrée sécurise votre réputation, vos contrats bailleurs et votre chiffre d’affaires récurrent sur la campagne d’automne.
Si vous voulez passer d’un tri fastidieux à un dossier sinistre prêt à la date, regardez le registre et le dossier sinistre dans Fumisto. Vous y retrouvez, pour chaque conduit du parc, sa fréquence départementale, sa date limite et un certificat opposable à l’assureur.
La suite
Vous voulez voir ce que donne votre parc dans un registre de conduits, avec la fréquence de chaque département et la date limite de chaque passage ? Nous ouvrons Fumisto sur vos adresses réelles, votre combustible dominant et vos contrats les plus anciens.
Demander une démonstration sur votre parcRéponse sous un jour ouvré
Jimenez Julien
Éditeur de Fumisto, il a passé plusieurs campagnes d’automne en camionnette avec des entreprises de ramonage, à relire des carnets de tournée et à comparer les règlements sanitaires département par département. Il répond lui-même aux demandes qui arrivent par ce site, et reprend les fichiers de parc adresse par adresse avant la première saison.
À lire aussi dans Le Carnet du Conduit
Avant de redescendre du toit: la checklist de fin de passage sur un conduit
Un passage bien fait qui n’est pas relevé ne vaut rien six mois plus tard.
Ce que coûte vraiment un contrat de ramonage non exécuté, poste par poste
Un conduit sous contrat qui n’est pas passé ne coûte pas seulement le prix du passage.
Construire le registre des conduits de votre parc, département par département
Vous intervenez sur plusieurs départements, et chacun applique son propre règlement sanitaire.